Les positions du coach en entretien
Le cadre général du coaching
Le coaching, devenu une réalité dans les entreprises, s’adresse aujourd’hui également aux particuliers qui, de plus en plus nombreux, y font appel pour progresser dans leurs projets personnels ou professionnels.
Le coaching est considéré comme :
- une action d'accompagnement individuel et personnalisé,
- un processus générateur de changement,
- une philosophie de l’action,
- une approche méthodologique de l’accompagnement,
- une démarche pragmatique pour conduire une action de changement et garantir la réussite escomptée,
- une prestation de service dans un cadre contractuel spécifique, portant sur les objectifs, le temps, les aspects financiers, et l’obligation de moyens du coach.
Les applications
Cet accompagnement s'applique à une gamme étendue de situations, désirs ou besoins :
- Gagner du temps dans la gestion d’une mission, d’une action, d’une tâche, et obtenir de meilleures performances,
- Comprendre et gérer des situations difficiles dans lesquelles la personne à besoin de mobiliser ses ressources sur les plans relationnels et techniques, par exemple lors de négociations complexes,
- Gérer des situations de surcharge de travail et de stress,
- Savoir prendre des décisions rapides, efficaces et ciblées,
- Choisir entre plusieurs décisions délicates,
- Gérer ses urgences et ses priorités,
- Apprendre à planifier et à ne plus tout faire à la dernière minute,
- Améliorer ses résultats et dégager du temps,
- Améliorer son bien-être et sa motivation au travail,
- Gérer ses émotions, prendre du recul,
- Atténuer l'impact des émotions des autres sur soi-même,
- Développer de nouvelles attitudes, changer de positionnement dans ses relations aux autres.
Les multiples positions du coach
Pour assumer ses missions, le coach met en jeu de multiples compétences et qualités mentales en fonction de huit aspects de la démarche de coaching :
1. Une démarche par objectif
La structuration du processus de coaching, vers la réalisation d’un objectif décidé par la personne accompagnée, sert de ligne conductrice au coach. Cela lui demande de faire preuve de rigueur et de fermeté pour savoir garder le cap sur l’objectif, tout en restant souple et flexible au fil des entretiens, en fonction de l’évolution de la personne. Sa position est alors celle d’un cadreur.
2. Une orientation « solution »
Le coaching est une approche orientée vers la solution, jusque dans le choix des protocoles d’intervention structurés pour orienter l’attention et générer des mouvements de conscience du présent vers le futur.
Pour accompagner le sujet vers sa solution, le coach a besoin d’avoir lui-même un mode de pensée tourné vers la solution, en s’appuyant sur le présupposé que toute personne dispose des ressources nécessaires pour résoudre ses difficultés, créer ses solutions et générer sa réussite, en puisant dans ses expériences passées et/ou sa créativité.
La position du coach est, à ce titre, celle de l’optimiste qui sait qu’il y a toujours des solutions à toutes situations problématiques.
3. Une approche méthodologique du processus de coaching
L’approche et les interventions proposées dans le cadre du coaching portent sur la structure mentale de l’expérience subjective de la personne accompagnée et non sur le contenu des situations vécues. Le sujet amène une problématique unique et particulière, le coach une méthode.
Le coach doit rester en dehors de l’histoire de son client sur le plan émotionnel même si le contenu peut parfois le renvoyer à sa propre expérience. Il a besoin d’adopter une attitude de détachement et de recul. Il est mentalement et émotionnellement dissocié sous peine, dans le cas contraire, de faire partie du problème plutôt que de la solution.
L’approche du coaching étant basée sur un principe d’autonomie, le coach amène la personne à déterminer ses objectifs et à trouver par elle-même ses solutions intellectuelles, mentales, émotionnelles, physiques, etc.
Il l’aide à accéder à ses propres ressources conscientes et inconscientes et l’invite à auto valider ses propres résultats.
Le coach a pour rôle de questionner, de catalyser, d’être le miroir interactif, de valider les progrès et les résultats, de faire prendre conscience et de faire faire.
Sa position est celle d’un observateur neutre en même temps qu’actif sur le plan méthodologique.
4. Un espace-temps d’échange et d’influence
Le coach propose une lecture structurelle des situations, dans un cadre d’hypothèses, sans certitudes arrêtées, afin que la personne accompagnée dispose de propositions pour choisir ce qui lui convient, car elle seule peut définir et décider ce dont elle a besoin.
Le coach accompagne la personne vers ses propres solutions en suspendant conseil, jugement ou évaluation. Il est en permanence conscient que la personne est sur sa trajectoire personnelle, distincte de la sienne. Les représentations, pensées, avis ou ressentis du coach à propos de ce que lui dit son interlocuteur, n’ont pas lieu d’être dans la relation entre le coach et le sujet. Lorsqu’il influence la personne, c’est à partir du modèle du monde de celle-ci, à l’aide d’un questionnement autoréflexif.
Toutefois, le coach ne pourra éviter d’être, consciemment ou inconsciemment, un modèle (référence) comportemental, mental et émotionnel pour la personne.
Afin d’instaurer et maintenir une juste distance entre lui et la personne accompagnée dans le processus du coaching, le coach veille à ce que leurs trajectoires respectives restent parallèles. Cette juste distance facilite l’écoute, favorise l’observation, permet la formulation ou la reformulation des situations vécues par la personne ainsi que les propositions d’actions à expérimenter pour atteindre l’objectif définit par le client lui-même.
Le coach intervient au sein d’un espace d’échanges, un espace relationnel qui s’installe, rationnellement ou irrationnellement, entre les deux personnes.
Il ne pourrait en aucun cas, sans une grande prétention, croire ou faire croire qu’il « intervient sur l’autre ». Il agit au sein de cet espace d’échanges commun, dans une coopération avec la personne accompagnée, autour de la problématique à résoudre.
Les systémiciens disent que nous n’avons aucun pouvoir sur l’autre en dehors de celui de faire du bruit dans le système, bruit dont les effets auront ou non une influence sur les autres parties du système.
La position du coach est celle d’un partenaire sachant être à sa place.
5. Un cadre contractuel
Le coaching repose sur un cadre contractuel implicite et explicite de l’accompagnement, conçu autour et pour développer l’autonomie de la personne. Le coach passe un contrat avec la personne définissant ses objectifs, les résultats à obtenir et les effets à attendre.
Pour cela, le coach a besoin de développer une attitude de clarté et de fermeté sur ce qu’il peut faire ou non et d’être sûr de ses compétences et facultés à conduire. L’attitude du coach est celle de quelqu’un d’affirmé et confiant en lui.
Sa position en entretien est celle de garant et de guide, sachant se laisser guider par la structure de l’expérience de la personne qu’il accompagne.
6. Le caractère exploratoire et créatif du coaching
Le coach fait une investigation à multi niveaux, conscient et inconscient, des processus, des structures et des systèmes de croyance de la personne. Pour cela, il écoute, observe, propose et fait expérimenter à l’autre.
Chaque situation de vie étant unique, le coach fait appel à sa créativité et à son inventivité pour élaborer des protocoles de changement construits sur-mesure pour le sujet et sa problématique. Cela demande une attitude de disponibilité et d’ouverture à toutes surprises et possibilités.
Le coach a une position de chercheur expérimentateur, curieux parfois jusqu’à l’indiscrétion.
7. La dimension symbolique et métaphorique du rôle du coach
C’est en grande partie par l’exemplarité que le changement va s’opérer. Le coach a une dimension symbolique de par son statut, dans la mesure ou il peut être assimilé à un modèle par la personne. Il influence la personne malgré lui. Il est nécessaire qu’il se réfère à un cadre déontologique précis pour éviter les dérives manipulatrices. Le coach a la connaissance de ses limites et la capacité de faire la dissociation entre ce qu’il fait en tant que professionnel et ce qu’il est en tant que personne. Cela peut parfois l’amener à dire à la personne qu’il coache, en toute humilité, qu’il ne semble pas être la personne la plus pertinente pour l’accompagner. Sa position mentale est celle d’un professionnel adulte.
8. Espace de mise en scène
Le changement se fait à partir de propositions formulées par le coach. Elles n’aboutissent à un résultat qu’à la condition d’être prises en compte par la personne et que celle-ci accepte « d’altérer » suffisamment son système de référence pour tester la proposition et expérimenter le changement.
Le coaching, en tant que processus, se fait dans le cadre d’une relation particulière. En effet, la démarche du coaching est centrée sur la relation « Coach / Personne coachée » en tant que support métaphorique du changement et espace-temps pour expérimenter celui-ci. Sous cet angle de vue, le coach à une attitude d’acteur du changement, au double sens de celui qui acte et expérimente une émotion sans y être associé personnellement, et celui qui joue un rôle guidé par une mise en scène, celle de la structure de l’expérience subjective de la personne.
Le rôle du coach est complexe car il est dans la position du metteur en scène du processus d’accompagnement, son client jouant le premier rôle.
Alors, comment faire ?
Pour développer les compétences nécessaires à la mise en oeuvre des huit aspects de la démarche de coaching, je propose au lecteur de lui faire part de mon expérience de la conduite d’entretien de coaching et des états émotionnels et positions mentales que j’adopte en séance avec une personne.
J’ai identifié six positions mentales que j’ai nommé pour les expliciter par des expressions métaphoriques qui me sont personnelles et jouent pour moi un rôle d’ancrage.
1. La mise en condition
En premier lieu, à chaque séance, je me rappelle quelques présupposés utiles pour me mettre en condition :
- On ne peut pas ne pas influencer ni être influencé
- La carte n’est pas le territoire et ce que je fais n’est pas ce que je suis
- On prend toujours les meilleures décisions possibles au moment où on les prend en fonction des ressources dont on dispose
- Chacun à toutes les ressources potentielles en lui pour atteindre ses objectifs
2. L’espace ici et maintenant
Chaque fois que je démarre une séance de coaching, je m’installe dans un espace intérieur dans lequel ce que je venais de faire quelques minutes auparavant disparaît au profit d’une disponibilité totale à la personne qui est venue pour travailler avec elle-même.
Il s’agit d’une forme d’état de concentration dans lequel mon regard est à la fois focalisé sur le visage et la respiration de la personne et dé focalisé pour englober la totalité des éléments présents dans la pièce.
Cet état de concentration particulier me permet de percevoir les mouvements et toutes les micro informations corporelles que va me donner à voir la personne. Il m’arrive de prendre ce temps avec le client lui même.
Certaines fois, il me suffit de me concentrer sur ma respiration ; la plupart du temps, cela se met automatiquement en place avec la formulation d’une phrase ritualisée « Qu’est-ce qui vous amène ? », « De quoi avez-vous besoin ? » ou, à partir de la deuxième séance, « Qu’est ce qui est différent depuis la dernière fois ? », présupposant volontairement des changements. Pour développer cet état, j’ai utilisé au début la technique du point noir.
3. La page blanche
Dans le temps de ma préparation physique et mentale, je m’imagine être comme une page blanche sur laquelle vont venir s’inscrire les informations exprimées par la personne, tant verbalement que non verbalement, aux plans corporel et comportemental. Souvent, je laisse s’imprimer suffisamment d’informations avant de savoir comment agir ou que dire.
A chaque séance, y compris pour une même personne, cette page blanche est remise en place.
4. Le pilote inconscient conscient
Je me laisse guider par la structure linguistique et comportementale de la personne et laisse venir intuitivement ce que je vais dire. J’en contrôle seulement la pertinence et la cohérence avec le système de la personne.
Je me mets volontairement dans un état d’auto hypnose inconscient /conscient et, au fur et mesure que la personne expose sa problématique et son contexte et qu’elle répond aux questions que je lui pose ou qu’elle se pose, une forme, une construction imagée s’élabore ; je visualise et ressens les mouvements de conscience, à travers les temps passé – présent - futur, intérieur - extérieur, devant - derrière, à droite – à gauche, etc.
A partir de cette dynamique, je repère si les mouvements internes de la conscience ainsi que ceux externes et visibles au travers du comportement et de la gestuelle de la personne sont fluides ou bloqués et je suggère d’expérimenter une autre façon de penser, ou je fais faire à la personne quelque chose qui va changer sa perception et, par voie de conséquence, le sens qu’elle attribue à son vécu.
5. L’aigle royal
L’aigle royal peut, tout en volant à plusieurs centaines de mètres de haut, focaliser son attention et sa vision sur un détail infiniment petit au sol sur lequel il effectue un « zoom avant », en même temps qu’il a, simultanément ou successivement, une vue panoramique grâce à sa vision périphérique. Cela lui permet de rechercher sa nourriture sur un vaste territoire et de pouvoir, lorsqu’il le décide, fondre en piqué sur un point précis au milieu d’une immensité.
Il sait se déplacer du plan du sol jusqu’à des hauteurs impressionnantes, tout en gardant la netteté sur ce qui se passe au sol.
Dans l’entretien de coaching, j’ai développé la compétence de percevoir la structure générale du système, l’équivalent de la vision panoramique de l’aigle, en même temps que celle de repérer la composante structurelle à pointer pour laquelle il sera pertinent de proposer une autre structure à expérimenter.
La position de l’aigle royal est la métaphore de notre capacité ou pouvoir mental à changer de position de perception subjective et, en particulier, de savoir adopter la position de l’observateur, analyste et expérimentateur dans un espace à N dimensions.
6. La voiture téléguidée
En entretien, je me laisse guider par mon client tout en l’accompagnant dans une exploration structurelle de sa propre expérience subjective. La relation de coaching est comme une voiture téléguidée conduite par deux personnes qui agissent simultanément, en double commande, sur des fonctions différentes.
Pour réussir dans ma mission de coaching, j’ai besoin de laisser la personne guider son changement à son rythme et selon son écologie. En même temps, j’exerce consciemment, dans un cadre déontologique et éthique, une influence sur le système pour qu’elle expérimente de nouvelles façon de percevoir sa réalité subjective et/ou précédemment vécue. Mon influence se porte sur les processus de traitement mental de l’information venant de son expérience vécue, au travers de propositions d’expérimentation de nouveaux processus.
J’en suis venu à utiliser la métaphore de la voiture téléguidée parce que la personne vit à la fois les propositions d’expérimentation de changement à l’intérieur d’elle-même au cours de la séance au fur et à mesure de son évolution et surtout, entre les séances, lorsqu’elle expérimente dans la réalité physique ce qu’elle a construit mentalement et en imagination dans l’espace-temps de la séance.
Mes motivations
J’ai choisi ces six expressions parce qu’il est facile de s’en faire une représentation. Elles jouent pour moi le rôle d’ancrages métaphoriques puissants d’états émotionnels et physiologiques particuliers qui me sont très utiles pour mon auto gestion émotionnelle ainsi que pour la conduite consciente et inconsciente de l’entretien.
Dés que je me rappelle les présupposés et que je me mets dans l’état ici et maintenant, je ressens de la densité et une forte présence à moi-même et à mes ressources conscientes et inconscientes.
En pensant à la page blanche, je ressens une neutralité intérieure et de la vacuité, un espace ou tout est possible, tout peut être dit et entendu, tout est recevable. Il s’agit d’un espace vide de pensées personnelles, sans jugements, sans commentaires.
Quand je suis en contact avec l’état « pilote inconscient - conscient », je ressens de la coopération et de la complicité entre les différents états de ma conscience, le monde qui m’entoure et les états de conscience de la personne que j’accompagne.
Dans la distance et le détachement de la position de l’aigle royal, je ne me vis plus tel que je suis au quotidien, je deviens coach, comme si je passais dans un autre univers, dans une discontinuité de l’espace-temps.
Enfin, l’image de la voiture téléguidée me procure la sensation du jeu, de l’excitation de la découverte et du chemin à parcourir pour arriver au résultat à atteindre.
A mes débuts, lorsque j’ai réalisé mes premiers pas dans la fonction de coach, j’ai expérimenté différentes façons de me positionner vis-à-vis de l’autre et vis-à-vis de ma fonction. Ces différentes images se sont imposées à moi et je les ai travaillées pour y associer du contenu et du ressenti.
Aujourd’hui, le seul rappel de ces images me plonge dans des états appropriés à mon travail de coach et me permet d’avoir les comportements correspondants.
Une invitation en guise de conclusion
J’invite tous ceux qui liront cet article à rechercher leurs propres images ou moyens psychosensoriels pour obtenir des effets similaires :
- Rapport de confiance et de présence à soi
- Disponibilité totale à l’autre et à l’accompagnement dans la résolution de sa problématique
- Ouverture de l’esprit et de la curiosité à 360 degrés
- Vacuité intérieure et disparition des commentaires intérieurs, à priori, jugements, évaluations
- Acuité sensorielle exacerbée
- Multi niveaux conscients et inconscients de perception et traitement des informations verbales et non verbales
- Décodage systémique et perceptions des mouvements de conscience entre les structures du temps
- Fluidité et déplacement libre de sa conscience dans l’espace et le temps sur de multiples niveaux d’abstraction
- Créativité, inventivité
Le rôle essentiel du coach est de se laisser guider par la personne qu’il accompagne vers la réalisation de son objectif, l’accès aux ressources dont elle dispose ou dont elle a besoin pour l’atteindre et à son autonomie.
Il lui appartient de se doter d’outils, techniques et méthodes, d’être lui-même en capacité d’accéder à ses ressources, et de rester centré sur son objectif : mettre tous les moyens dont il dispose ou qu’il peut inventer au service de la personne qu’il accompagne !
L’équipe de www.formation-negociation.com
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